Achillée sternutatoire : activité antiprotozoaire et alcamides principaux

Source : Molecules, 2014 · PMCID PMC6271219 · Type : étude in vitro

Objectif

Dans le cadre d’un criblage de plantes de la famille des Astéracées à la recherche de composés actifs contre les protozoaires pathogènes (Plasmodium, Trypanosoma, Leishmania), les auteurs ont étudié un extrait au dichlorométhane (CH₂Cl₂) des parties aériennes fleuries d’Achillea ptarmica L. (achillée sternutatoire). Le but principal était d’identifier les constituants chimiques responsables de l’activité antiprotozoaire observée. Contrairement à sa proche parente A. millefolium, A. ptarmica ne contient pas de lactones sesquiterpéniques ; ses constituants majeurs sont des alkylamides (« alcamides »).

Méthodes

Les parties aériennes, cultivées au jardin de l’Institut de biologie pharmaceutique et de phytochimie de Münster (Allemagne) et récoltées en pleine floraison (août 2011), ont été séchées puis extraites au dichlorométhane par Soxhlet. L’extrait brut a été fractionné par chromatographie sur colonne de gel de silice (gradient hexane/acétate d’éthyle), le fractionnement étant guidé par les tests biologiques. Les alcamides ont été purifiées par HPLC préparative, puis identifiées par UHPLC/+ESI-QTOF-MS/MS et RMN ¹H. Les activités contre Trypanosoma brucei rhodesiense (Tbr), T. cruzi (Tcr), Leishmania donovani (Ldo) et Plasmodium falciparum (Pf), ainsi que la cytotoxicité (cellules L6 de rat), ont été mesurées in vitro (IC₅₀) selon les protocoles standard du Swiss TPH (Bâle).

Résultats

L’extrait brut au CH₂Cl₂ s’est révélé nettement actif contre T. b. rhodesiense (IC₅₀ = 0,67 µg/mL) avec une bonne sélectivité (cytotoxicité > 40 fois plus faible), et modérément actif contre P. falciparum (IC₅₀ = 6,6 µg/mL). Il était en revanche essentiellement inactif contre T. cruzi et L. donovani. Cinq alcamides ont été isolées ; la pellitorine et la 8,9-Z-déhydropellitorine en sont les composants majeurs. Testées isolément :

  • La pellitorine fut la plus active contre P. falciparum (IC₅₀ = 3,26 µg/mL, soit 14,6 µM) — activité environ 2 fois supérieure à celle de l’extrait brut, ce qui explique l’effet antipaludique de ce dernier.
  • La 8,9-Z-déhydropellitorine fut la plus active des alcamides contre T. b. rhodesiense (IC₅₀ = 2,00 µg/mL, 9 µM), mais 3 fois moins active que l’extrait brut.

Conclusion

La pellitorine explique l’activité antipaludique de l’extrait. En revanche, aucune alcamide isolée n’atteint à elle seule l’activité et la sélectivité antitrypanosomales de l’extrait brut ; les auteurs attribuent celle-ci soit à un effet synergique entre constituants, soit à des composés minoritaires plus actifs restant à identifier. C’est la première mise en évidence d’une activité antiprotozoaire pour des alcamides à motif 2E,4E-diène.