Le genre Adonis, une importante médecine cardiaque traditionnelle : revue de l’ethnobotanique, de la phytochimie et de la pharmacologie
Source : Frontiers in Pharmacology, 2019 · PMCID PMC6369255 · Type : revue
Objectif
Le genre Adonis L. (Ranunculaceae), originaire d’Europe et d’Asie, comprend 32 espèces herbacées annuelles ou vivaces. En raison de leurs effets cardiotoniques, les Adonis sont employés de longue date dans la médecine populaire européenne et chinoise. La revue fait le point sur la phytochimie, les activités biologiques et la toxicologie du genre. C’est l’activité cardiovasculaire d’Adonis vernalis L., remarquée en Europe à la fin du XIXe siècle, qui a lancé l’intérêt scientifique pour le genre.
Méthodes
Recherche documentaire dans de nombreuses bases (Elsevier, Springer, Wiley, Nature, Web of Science, CNKI, Google Scholar, etc.), en anglais et en chinois, sans limite de période ; littérature collectée par trois experts.
Résultats
Plus de 120 composés ont été isolés du genre, dont 54 hétérosides cardiotoniques (cardénolides). Chez A. vernalis : cymarine, adonitoxine, 16-hydroxy-strophanthidine, acétyladonitoxine, vernadigine, ainsi que des flavones (adonivernith, orientine, vitexine, lutéoline). Dès 1918, l’effet cardiovasculaire et la toxicité d’A. vernalis furent mesurés (méthode de la grenouille à 1 h). En 1934, A. vernalis et ses préparations se montraient aussi puissants sur le cœur que la digitale. Selon Turova et Sapozhnikova (1989), la matière première d’Adonis est aussi efficace que la Digitalis dans l’insuffisance cardiaque accompagnée de troubles de la conduction, mais ses effets ne sont pas cumulatifs et ne provoquent pas l’arrêt cardiaque induit par la digitale. Un extrait alcoolique a aussi montré une activité hypolipémiante (baisse du cholestérol et des triglycérides). En Russie et en Allemagne, des extraits enrichis en hétérosides étaient préparés dès le début du XXe siècle contre l’insuffisance cardiaque chronique.
Toxicité : feuilles et racines sont toxiques pour l’humain et le bétail. De nombreux empoisonnements animaux (chevaux, moutons, bovins, porcs) sont attribués aux hétérosides cardiotoniques d’Adonis depuis 1912, avec troubles digestifs et cardiaques souvent mortels. Des cas d’intoxication humaine par A. amurensis (mésusage ou surdosage), avec rythme cardiaque gravement perturbé, ont été rapportés en Chine.
Conclusion
A. vernalis est une plante médicinale cardioprotectrice reconnue (Russie, Bulgarie), mais peu d’études in vitro et in vivo récentes valident cet usage, et certaines études cliniques vieilles d’un demi-siècle ne sont plus considérées comme valables. Surexploitée et à croissance lente, l’espèce est proche de l’extinction, protégée dans plusieurs pays et son commerce interdit dans de nombreux pays d’Europe de l’Est depuis 1982. Des recherches pharmacologiques, cliniques et de conservation restent nécessaires.