Effets cytotoxiques et apoptotiques de l’androsème (Hypericum androsaemum) sur des lignées de cancer de la prostate (PC-3) et du foie (Hep G2), avec identification des métabolites secondaires par LC-HRMS
Source : Yazıcı Bektaş N, Ersoy E, Boğa M, et al. Turkish Journal of Chemistry, 2021. DOI : 10.3906/kim-2104-17 — PMCID : PMC8596555 — Type : étude expérimentale in vitro (texte intégral).
Objectif
Déterminer les métabolites secondaires d’extraits d’Hypericum androsaemum L. par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (LC-HRMS), et évaluer les activités antioxydante et cytotoxique de la plante. L’androsème (« tutsan », millepertuis arbustif) est un arbrisseau méditerranéen traditionnellement employé pour ses propriétés sédatives, antidépressives, anxiolytiques, hépatoprotectrices, cicatrisantes, antihypertensives, anti-hémorroïdaires et diurétiques. Contrairement au millepertuis (H. perforatum), l’androsème est dépourvu d’hypéricine, ce qui écarte le risque de phototoxicité.
Méthodes
Feuilles et fruits mûrs ont été récoltés à Trabzon (Turquie). Six extraits ont été préparés : dichlorométhane, méthanol et eau, pour les feuilles (LD, LM, LW) et les fruits (FD, FM, FW), les extraits aqueux étant obtenus par infusion à chaud. La composition a été analysée par LC-HRMS (Orbitrap Q-Exactive). L’activité antioxydante a été mesurée par piégeage des radicaux DPPH et ABTS, chélation métallique et CUPRAC. La cytotoxicité a été évaluée par test MTT sur les lignées humaines de cancer de la prostate (PC-3) et d’hépatocarcinome (Hep G2), et l’induction d’apoptose par cytométrie en flux (annexine V-FITC/iodure de propidium).
Résultats
Les métabolites majeurs identifiés étaient : hédéragénine (762 µg/g) dans LD, herniarine (167 µg/g) dans FD, (-)-épicatéchine (6538 µg/g) dans LM, (-)-épigallocatéchine gallate (758 µg/g) dans FM, acide caféique dans FW (370 µg/g) et LW (3313 µg/g). L’extrait méthanolique de feuilles (LM), le plus riche en composés phénoliques, a montré la plus forte activité antioxydante (DPPH IC50 10,94 µg/mL ; ABTS IC50 9,09 µg/mL), supérieure à celle des standards α-tocophérol et BHT. L’extrait méthanolique de fruits (FM) a été le plus cytotoxique sur les deux lignées, avec des IC50 de 73,23 µg/mL (PC-3) et 31,64 µg/mL (Hep G2). FM, extrait le plus riche en acide quillaïque (630 µg/g), un triterpénoïde cytotoxique connu, a induit une apoptose de 64,75 % sur les cellules PC-3 à 50 µg/mL (contre 3,29 % et 6,69 % à 12,5 et 25 µg/mL). Sur Hep G2, FM a induit 8,48 % et 27,64 % d’apoptose à 12,5 et 25 µg/mL. Les extraits dichlorométhane n’ont induit aucune apoptose. Des problèmes de solubilité ont empêché de tester des concentrations plus élevées.
Conclusion
L’androsème, plante dépourvue d’hypéricine, s’avère riche en composés phénoliques et triterpénoïdes. L’extrait méthanolique de fruits, notamment via l’acide quillaïque (identifié ici pour la première fois dans l’espèce), montre une cytotoxicité et une induction d’apoptose sélective marquées, en particulier sur les cellules de cancer de la prostate. Les auteurs concluent à un potentiel prometteur de la plante dans la prévention du cancer, résultat préliminaire à confirmer.